Mardi 15 novembre 2011, j’ai assisté à la rencontre sur « open data, enjeux et opportunités pour le secteur culturel », à Nantes, animée par l’association LiberTIC.
Une quarantaine de représentants d’acteurs culturels nantais étaient présents dans la salle : ville de Nantes, conseil général de Loire-Atlantique, conseil régional, Voyage à Nantes, école d’architecture, école de design, ainsi que plusieurs associations culturelles et quelques entreprises.
La séance a été animée par plusieurs intervenants : Claire Gallon de LiberTIC, Romain Wenz de la Bibliothèque Nationale de France, Pierre-Yves Mevel et Benjamin Smith pour Wikimédia France, et Frédéric Vasse, conseiller en communication à la ville de Nantes.
Ce compte-rendu sera parfois rédigé dans un style un peu télégraphique, je vous prie de m'en excuser. Ah, ai-je précisé que je suis ouverte à toute remarque, suggestion d'amélioration, et que naturellement ce texte est publié sous licence CC-BY-SA ? Voilà qui est fait :)
Intervention de Claire Gallon, LiberTIC
Présentation de l’open data et des avantages pour le secteur culturel
Le but de cet introduction était de mettre les participants dans le bain de l’open data et de les convaincre d’adhérer au mouvement en leur exposant les tenants, les aboutissants et les avantages qu’ils pourraient en retirer.
Présentation de l’open data
Les données doivent être accessibles, exploitables, réutilisables. Exemples de données possibles : stats, horaires, cartes, mesures, évènements…
L’open data n’est pas seulement une diffusion unilatérale de l'information (le service vers les citoyens), mais nécessite également des retours de la part du public, un système participatif qui mène à une nouvelle forme de dialogue avec le public.
L’open data s’inscrit dans une démarche d’innovation et de modernisation des services publics.
L’ouverture des données publiques aura à terme un impact économique : création de services innovants, notamment avec le marché du mobile qui propose des outils de géolocalisation et temps réel.
L’open data sert la mise en valeur des services disponibles dans la ville. L’exemple donné était Bookzee, service en ligne indiquant la disponibilité des livres en bibliothèque.
En résumé, pourquoi l'opendata ? Les services publics n'ont ni le temps, ni les moyens de développer toutes les applications possibles, notamment sur des domaines pointus. L’ouverture des données permet donc aux citoyens de réaliser eux-mêmes les services dont ils ont besoin.
L'exception culturelle
Les organismes culturels sont riches, de valeur et de données, mais aussi exceptionnels : en effet, la loi de 1978 qui impose l’accessibilité de l’information publique admet une exception pour les domaines de la culture, de l’enseignement et de la recherche. Exempts d’obligations, c’est donc à chaque structure de décider si elle souhaite accompagner le mouvement open data en libérant ses données.
Selon la plateforme de recensement des données ouvertes Data Publica, seulement 12 jeux des données culturelles ont été libérées.
Un exemple de structure culturelle très avancée sur l’open data : le Brooklyn Museum a libéré les données de l’ensemble de ses collections , et propose d’y accéder via une API.
Un exemple de ce qui pourrait se faire à Nantes : en mettant à disposition les horaires d’ouverture et les chiffres de fréquentations des lieux culturels, quelqu’un pourrait créer une application d’optimisation des visites, indiquant les plages horaires où il y a le moins de monde, faire un itinéraire de visite avec les horaires de transport, etc.
Exemple : When Should I Visit Tate Modern.
Un point important, l’aspect participatif : le crowdsourcing, faire remonter des données « augmentées » par le public, enrichir l'expérience culturelle par la participation des habitants.
En 2013, Marseille sera capitale de la culture et chargée d’organiser cet événement, Marseille Provence 2013. A cette occasion, ils ont prévu de libérer toutes les données liées à cet événement.
Intervention de Romain Wenz, BNF
Présentation du projet d’ouverture des données de la BNF
Romain Wenz travaille au département de l'information bibliographique et numérique.
A la BNF, l’open data c’est d’abord la valorisation de leur patrimoine.
Aujourd'hui les utilisateurs passent par le web pour se renseigner, rechercher des avis, puis enfin acheter des ouvrages. Il est donc nécessaire d’être présents sur le web.
Le portail Gallica contient 1,5 millions d'objets, 15 millions de notices bibliographiques, des dizaines de milliers d'archives & manuscrits.
Par la numérisation de leurs manuscrits, ils augmentent et élargissement considérablement le champ de leurs publics.
Le portail Data BNF propose des pages simples et accessibles sur les auteurs et les ouvrages.
Intervention de Wikimédia France
Présentation du partenariat entre Wikimédia France et la ville de Toulouse
Wikipédia est une place importante, voire incontournable, du village Internet.
Le projet Phoebus a été réalisé avec le museum d’histoire naturelle de Toulouse. Le but était valoriser le contenu conservé, contenu parfois fragile et donc maintenu hors de la vue du public. Mieux que protéger, favoriser la diffusion du savoir.
Des photographes bénévoles de Wikimédia France sont venus photographier les œuvres, avec l’aide des conservateurs du musée. Ces photos de très haute qualité ont ensuite été mise à disposition sur la médiathèque libre Wikimedia Commons. (voir les photos) Les contributeurs de Commons ont ainsi pu ajouter des informations sur ces pages, enrichissant les données fournies, et certaines photos sont maintenant présentes sur plus de 40 versions linguistiques de Wikipédia. Les contenus du museum ont donc été largement diffusées. Grâce à cette mise en avant des photos, d’autres musées ont récemment pris connaissances des collections présentes au museum et demandé à ce que ces collections leur soient prêtées.
Un autre partenariat a été réalisé entre Wikimédia France et les Archives municipales de Toulouse, autour de la libération du fonds Trutat, photographe dont les œuvres sont tombées dans le domaine public. (voir les photos) La mise en ligne de la collection de photos a été effectuée sur Wikimedia Commons par les bénévoles. Les contributeurs ont pu ajouter des informations, les données ont donc été remixées et améliorées.
Lorsqu'une institution culturelle accepte de placer ses contenus sur le web et permet aux internautes de participer, on assiste à la production collaborative d’contenu enrichi et augmenté.
Pierre-Yves Mevel a également abordé la question de nos voisins d’outre-Atlantique ; aux Etats-Unis,le travail de tout agent fédéral est immédiatement déposé dans le domaine public, ce qui n’est pas le cas en France.
D’autres part, force est de constater que les bases de données « fermées » des institutions culturelles comportent des erreurs. Un exemple frappant est celui de la base de données du Ministère de la Culture, Mérimée, recensant les monuments historiques de France. Les bénévoles oeuvrant sur Wikipédia ont réalisé une liste collaborative des erreurs présentes, vérifications à l’appui. Mais la base n’étant pas ouverte à la réutilisation ni à la participation, ces améliorations restent inutilisées…
Un autre exemple de participation massive des citoyens est celle du concours Wiki Loves Monuments, où chacun était incité à aller prendre en photo les monuments historiques près de chez lui afin d’enrichir Wikipédia. En France, 25000 photos ont été mises en ligne par des citoyens intéressés par l’histoire de leur pays.
Suite à une question dans l’assemblée, nous nous sommes demandés pourquoi utiliser la médiathèque Wikimedia Commons, et non pas créer un site web et une base de données propre à chaque institution. La réponse est qu’une immense communauté de contributeurs est déjà existante sur les projets Wikimedia, qu’il serait une erreur de s'en passer, la collectivité n'ayant pas les moyens de recréer une telle communauté.
Intervention de Frédéric Vasse, ville de Nantes
Présentation du programme open data de Nantes
La plateforme open data sera mise en ligne lundi 21 novembre. Dans un premier temps, elle contiendra les listes, horaires , indicateurs, tarifs, des équipements culturels, ainsi que le catalogue et la disponibilité des ouvrages des bibliothèques nantaises.
La licence utilisée sera ODBL.
Un appel à projets permanent autour du développement et de l’art sera prochainement lancé.
Conclusion
LiberTIC a conclu en proposant aux acteurs culturels un projet d'agrégateur d'informations sur les événements culturels à Nantes, ainsi que deux prochains évènements pour réfléchir autour de l’ouverture des données culturelles : un atelier de design de services le 22 novembre , et une réflexion autour du projet d’agrégateur d’évènements le 8 décembre.
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